Il y a longtemps que le Québec a annoncé ses couleurs en matière énergétique. En misant sur l’hydroélectricité et l’éolien, le Québec a choisi d’investir dans les énergies propres et renouvelables. Pas étonnant dans ces circonstances que les subventions à répétition au fil des ans d’Ottawa afin de favoriser le développement des sables bitumineux de l’Ouest canadien soient autant remises en question au Québec.

Le consensus est très important au Québec qui dénonce les dommages sévères à l’environnement engendrés par l’exploitation des sables bitumineux. Et les Québécoises et les Québécois ne sont pas les seuls à éprouver un malaise profond face aux ravages engendrés par l’exploitation débridée des sables bitumineux albertains, notamment au regard des menaces qu’ils posent sur l’avenir de la forêt boréale.

« Il serait préférable que l'industrie (du pétrole) dise la vérité sur ce qu'elle est réellement capable de faire, au lieu de dépenser des fortunes en publicité. Et ensuite, si on décide quand même d'aller de l'avant avec l'exploitation des sables bitumineux, ce sera en connaissance de cause et j'imagine qu'on pourra appeler ça la démocratie en action. »
- David Schindler, biologiste dont les recherches ont exposé les lacunes dans la surveillance de l'industrie des sables bitumineux

Ottawa sommé de faire marche arrière

Récemment, l’Union européenne a lancé un sévère avertissement au gouvernement canadien en énonçant son intention d’étiqueter le pétrole issu des sables bitumineux comme plus polluant que les autres pétroles bruts. Cette initiative suivait de quelques semaines une sortie conjointe de huit anciens récipiendaires de Prix Nobel implorant le gouvernement canadien de revoir ses pratiques et de stopper le développement des sables bitumineux.

Même aux États-Unis, le principal acheteur du pétrole issu des sables bitumineux du nord de l’Alberta, la grogne se fait entendre autour des risques engendrés par l’exploitation des sables bitumineux, notamment contre le mégaprojet du gazoduc XL Keystone qui permettrait d’acheminer le pétrole de l’Alberta jusqu’au Texas.

La dépendance au pétrole coûte cher

Par ailleurs on doit se questionner sur le profit que retire le Québec de ces investissements massifs des fonds publics au bénéfice des pétrolières. Chose certaine, on constate que la dépendance au pétrole coûte toujours cher aux Québécoises et aux Québécois.

Selon des données récentes de l’Institut de recherche en économie contemporaine, la dépendance du Québec au pétrole coûte chaque année pas moins de 17,5 milliards de dollars aux Québécoises et aux Québécois. Un pactole auquel on doit ajouter un montant allant de trois à quatre milliards annuellement en coûts sur la santé des individus et en raison des dommages engendrés à l’environnement par le recours au pétrole.

Le Bloc Québécois propose des solutions

Le Québec peut réduire de moitié sa dépendance au pétrole d’ici 10 ans. Par dépendance au pétrole, nous entendons la part du pétrole dans le bilan énergétique. Le Bloc Québécois estime que pour entreprendre ce virage important, six objectifs peuvent être fixés.

  • Redonner rapidement de la marge de manœuvre à Hydro-Québec
    Objectif: augmenter de 18 % l’efficacité des résidences et réduire de 15 % la consommation en 10 ans.

    Par des mesures assez sommaires d’efficacité thermique, on peut réduire de 65 % l’écart entre les vieilles maisons et les maisons plus neuves, selon le ministère fédéral des Ressources naturelles.
  • Poursuivre l’abandon du pétrole dans les résidences, les commerces et les industries
    Objectif: réduire de moitié en dix ans le nombre de résidences chauffant au mazout (de 60 % leur consommation, compte tenu des mesures d’efficacité énergétique) et réduire de 45 % l’utilisation de pétrole comme source d’énergie dans l’industrie.

    Pour accélérer le rythme des conversions, il pourrait être indiqué de remettre en place des incitatifs à la conversion des systèmes de chauffage inspirés de ceux qui ont fait leurs preuves dans le passé.
  • Réduire la consommation de carburant dans le transport des personnes
    Objectif 3.1: geler le volume de camionnage à son niveau actuel et miser sur des améliorations technologiques ainsi que des changements dans les normes et la réglementation pour obtenir une réduction de 9 % de la consommation de carburant utilisé pour le transport interurbain des marchandises.

    Pour réduire la part du camion dans le transport interurbain des marchandises, en plus de l’efficacité énergétique des camions, il faudrait augmenter les avantages comparatifs des autres modes de transport et développer des infrastructures efficaces en vue de l’utilisation de plus d’un mode de transport.
  • Objectif 3.2: réduire de 25 % le volume de carburant utilisé pour le transport urbain des marchandises.

    Des mesures conçues spécifiquement pour ce secteur peuvent tout de même être instaurées, telle la détermination, pour les entreprises de transport et de livraison, de plans de réduction de la taille des véhicules en coopération avec le gouvernement et pour les entreprises où cette mesure peut s’appliquer, en particulier les compagnies de messagerie, des incitatifs pour une introduction maximale des véhicules électriques ou hybrides dans leur flotte de transport.
  • Stopper l’augmentation de la consommation dans le transport des marchandises
    Objectif: stopper l’augmentation du nombre d’automobiles sur nos routes en favorisant une augmentation de 40 % de l’achalandage du transport en commun. Diminuer de 20 % la consommation de carburant des véhicules personnels et de 30 % la consommation de carburant dans le secteur institutionnel et des flottes commerciales.

    Deux voies s’offrent pour atteindre les objectifs : d’une part, mettre au point une solution de rechange efficace aux automobiles personnelles en milieu urbain, d’autre part, réduire la consommation de carburant des véhicules automobiles.
  • Diminuer la part du pétrole dans le carburant utilisé
    Objectif: réduire de 5 % le volume de pétrole consommé globalement au Québec.

    À l’instar du gouvernement fédéral, le Bloc Québécois suggère l’imposition de 5 % de biocarburants (biodiesel et éthanol, en privilégiant l’éthanol de source cellulosique) dans la composition des carburants actuellement issus du pétrole.
  • Faire du Québec un pôle des énergies et du transport propres
    Objectif: prendre une longueur d’avance sur nos voisins et être à la fine pointe de technologie quand ce secteur décollera sérieusement.

    En consolidant davantage nos atouts dans les secteurs comme le transport en commun, l’hydroélectricité et l’énergie éolienne, et en intensifiant sensiblement le soutien aux efforts de recherche et développement dans les créneaux liés aux technologies propres pour lesquels le Québec dispose d’avantages comparatifs.

    Bref, investir pour réduire notre dépendance au pétrole enrichira le Québec, génèrera des revenus qui permettront à l’État – peut-être dès la septième année – de couvrir entièrement le coût de ces investissements.

    Dans cette perspective se déroulait le 14 juin 2008 un forum de l’Institut de recherche sur le Québec sur les perspectives économiques et financières du Québec. Bernard Landry, l’un des invités de marque du forum, a prononcé une allocution sur « La fin du pétrole et l’enrichissement du Québec ».


Le saviez-vous?

  • Pour la seule année 2010-2011, l’industrie pétrolière a bénéficié de cadeaux totalisant 3,2 milliards de dollars. Au total, pour les trois années fiscales suivantes, c’est près de 12,8 milliards de dollars qui iront dans les poches des pétrolières suite aux différentes mesures mises de l’avant tant par les conservateurs que les libéraux.;
  • Le Québec fournira en moyenne 417 millions par an d'ici 2020 via sa contribution aux 63 programmes de subventions ou d'aides fiscales fédérales destinées principalement aux sables bitumineux;
  • En plus de l'archevêque Desmond Tutu, la liste des signataires prix Nobel de la lettre demandant à Stephen Harper de stopper le développement des sables bitumineux comprend Mairead Maguire, Betty Williams, Adolfo Pérez Esquivel, Rigoberta MenchDu Tum, José Ramos-Horta, Jody Williams et Shirin Ebadi;
  • L’exploitation des sables bitumineux albertains implique le raclage de milliers d'hectares de forêt boréale et crée d'immenses parcs de résidus à ciel ouvert. Les mines sont concentrées de part et d'autre de la rivière Athabasca, qui prend sa source dans les Rocheuses et se jette dans le lac du même nom. C'est une des sources du fleuve Mackenzie;
  • Avec des réserves prouvées d’environ 180 milliards de barils – soit 5 milliards de barils de brut classique et 175 milliards de barils issus des sables bitumineux – le Canada se classe désormais au deuxième rang, tout juste après l’Arabie Saoudite (environ 260 milliards de barils);
  • Le ministère des Ressources naturelles estime que les réserves canadiennes contenues dans les sables bitumineux pourraient toutefois s’élever à 1 600 milliards de barils.


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