
10 questions à Michael Ignatieff
Depuis qu’il est le chef officiel du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff a eu maintes fois la chance de répondre à des questions fondamentales concernant le Québec, mais il a plutôt continué à proférer des généralités.
Puisqu’il refuse de préciser ses vues envers le Québec, nous devons examiner attentivement ses positions passées. Ce qu’on découvre, c’est que Michael Ignatieff est un chef libéral comme les autres, un chef qui s’inscrit en droite ligne avec le Parti libéral qu’on a connu dans le passé, celui des Trudeau, Chrétien, Martin et Dion.
Cela annonce de nombreux affrontements avec le Québec.
+ Pour le Québec, la porte est fermée?
D’abord, M. Ignatieff se targue d’avoir reconnu la nation québécoise, mais il écrivait dans sa plateforme pour le leadership :
« Reconnaître le Québec en tant que nation à l’intérieur du Canada n’équivaut pas à faire de nouvelles concessions*. »
Est-ce que nous devons comprendre que, pour M. Ignatieff, la porte est définitivement fermée pour le Québec, comme l’a déjà déclaré Jean Chrétien? Et quelle est la différence avec Stephen Harper, dont le fédéralisme d’ouverture a complètement disparu?
* Michael Ignatieff. Bâtir notre nation : le leadership libéral pour le 21e siècle. Septembre 2006, page 12.
+ Contrecarrer la loi 101?
Si c’est le cas, cela a des conséquences importantes. Reconnaître la nation québécoise, c’est aussi reconnaître que cette nation a une langue et qu’elle a le droit de la protéger, notamment par la loi 101. En 1995, M. Ignatieff écrivait ceci :
« […] le Québec est un cas classique d’État ethnique en formation. Aussi longtemps qu’il demeurera à l’intérieur du Canada, sa politique linguistique peut être limitée et, dans certains cas, contrecarrée […]. Si le Québec devenait souverain, les individus perdraient cette possibilité de recours et la voie serait ouverte à la tyrannie ethnique majoritaire**. »
Contrecarrer et limiter la loi 101, est-ce bien la vision du chef libéral? Est-ce la raison pour laquelle le parti de Michael Ignatieff a voté contre un projet de loi du Bloc Québécois étendant aux entreprises fédérales les dispositions de la loi 101? Nous retrouvons ici la même attitude adoptée par le Parti libéral du Canada dans le passé, peu importe ses chefs.
** Le déchirement des nations. 1995, pages 153-154.
+ Aucune concession pour le Québec en matière culturelle?
En matière de culture, M. Ignatieff ferme la porte « à de nouvelles concessions ». Il va donc résolument à l’encontre de la demande de l’Assemblée nationale de transférer les budgets et les pouvoirs en culture au Québec. Pour ce qui est de l’idéologie canadienne du multiculturalisme, une doctrine rejetée par le Québec, le chef libéral a dit vouloir « assurer son avenir ». Donc, aucune concession pour le Québec en matière culturelle? Aucune souplesse pour le Québec en matière de sa politique d’intégration? Devons-nous comprendre qu’au-delà du ton il n’y aurait aucune différence entre un gouvernement Ignatieff et un gouvernement Chrétien?
+ De nouvelles attaques contre le Québec?
« […] Le gouvernement fédéral pourrait définir ses priorités en éducation de façon claire […]. » En mettant de l’avant son intention de définir des priorités en éducation, Michael Ignatieff annonce de nouvelles intrusions fédérales dans les pouvoirs exclusifs du Québec. Dans sa plateforme, le chef libéral annonce également sa volonté qu’Ottawa…
« construise des couloirs énergétiques et transporte l’énergie nucléaire ontarienne jusqu’au Québec, et l’énergie hydroélectrique du fleuve Churchill vers le centre du pays ou les provinces de l’Atlantique? Pourquoi ne pas adopter une vision stratégique et s’y tenir pendant quelques décennies, jusqu’à ce que nous ayons créé le réseau énergétique national dont nous avons besoin? »
Est-ce que pendant son séjour de 25 ans hors du Canada Michael Ignatieff a perdu de vue que pour le Québec, le secteur de l’électricité, c’est nos affaires à nous?
+ Faire l’impasse sur l’économie québécoise?
Le gouvernement fédéral s’est lancé au chevet de l’Ontario dès que cette province a subi la crise du secteur de l’auto. Pendant ce temps, l’industrie forestière et manufacturière du Québec doit se contenter de miettes. Qu’en pense Michael Ignatieff, lui dont les députés réclament maintenant des garanties de prêts pour l’industrie forestière, alors qu’ils ont refusé de le faire lorsqu’ils étaient au pouvoir, malgré des promesses répétées? Pourquoi voter en faveur du budget de Stephen Harper s’il est défavorable au Québec? Comment se fait-il que les députés libéraux de Terre-Neuve aient pu voter contre le budget Harper, mais que ce fût interdit pour les élus du Québec? Est-ce la poursuite de cette culture du Parti libéral du Canada qui exige de ses élus québécois qu’ils renient constamment les intérêts du Québec comme ils l’ont fait en entérinant le coup de force de Trudeau en 1982?
+ L’Ontario oui et le Québec non?
Depuis que le gouvernement fédéral a offert 4,2 milliards de dollars à l’Ontario pour compenser l’harmonisation des taxes de vente, l’Assemblée nationale a unanimement exigé le même traitement pour le Québec, ce qui devra se traduire par une compensation de 2,6 milliards de dollars. Est-ce que le fait qu’aucun député libéral du Québec n’ait interpellé le gouvernement sur cette question signifie une fin de non-recevoir pour le Québec? Les libéraux ont voté en faveur d’une motion du Bloc Québécois, comme les conservateurs, mais en se gardant toutes les portes ouvertes. Pourquoi Michael Ignatieff ne s’est-il pas prononcé fermement et clairement sur cette question?
+ Dépouiller Montréal au profit de Toronto?
Le Québec rejette de façon tout aussi unanime le projet d’Ottawa de créer une agence fédérale des valeurs mobilières à Toronto, ce qui signifierait, à terme, la perte de ce pouvoir pour le Québec. Or, sous le leadership de M. Ignatieff, les libéraux ont voté contre une motion du Bloc Québécois qui reprenait la motion unanime de l’Assemblée nationale et ont appuyé Stephen Harper. On doit se poser la question : est-ce que Michael Ignatieff a l’intention de poursuivre cette vieille tradition libérale qui consiste à dépouiller Montréal au profit de Toronto, comme cela a été fait pour le transport aérien?
+ Couper les vivres au Québec?
Toujours en matière de finances, le gouvernement conservateur a unilatéralement trafiqué la formule de péréquation, imposant un plafond et accordant un traitement de faveur à l’Ontario concernant les entreprises d’électricité. En tout, le Québec perdra ainsi des milliards au cours des prochaines années. Michael Ignatieff s’est encore une fois rangé contre le Québec, en votant pour le budget conservateur et contre une motion du Bloc Québécois au sujet de la péréquation. Doit-on conclure, comme le bon sens nous y pousse, que Michael Ignatieff n’hésitera pas à couper les vivres au Québec comme l’ont fait ses prédécesseurs libéraux?
+ Continuer à se moquer des travailleurs?
Avec la crise qui sévit, la nécessité d’améliorer le régime d’assurance-emploi est criante. On sait que ce sont les libéraux qui ont démoli le régime et qui ont commencé à piller des dizaines de milliards dans la caisse. Maintenant, Michael Ignatieff affirme qu’il faut bonifier le régime, mais il soutient le gouvernement conservateur, laissant ainsi des milliers de travailleurs qui perdent leur emploi passer entre les mailles du filet social. Il refuse l’adoption d’une loi antibriseurs de grève pour les travailleurs sous juridiction fédérale, comme ceux des banques, du secteur des télécommunications et du transport interprovincial, sous des prétextes fallacieux et refuse de s’engager en faveur d’un programme de soutien pour les travailleurs âgés. Est-ce que M. Ignatieff va abandonner les travailleurs comme l’ont fait tous ses prédécesseurs libéraux?
+ Les sables bitumineux avant l’environnement?
Depuis des années, les politiques fédérales sont orientées en fonction de l’industrie pétrolière. Ces politiques sont très néfastes pour l’environnement et pour l’économie québécoise, puisqu’elles freinent les efforts de réduction de notre dépendance au pétrole. Or, il semble qu’il n’y ait aucune différence sur ce point entre Stephen Harper et Michael Ignatieff. Le 22 janvier dernier, le chef libéral s’est fendu d’un éloge dithyrambique de l’industrie des sables bitumineux, qualifiant cette industrie de facteur d’unité canadienne! La question se pose : Michael Ignatieff va-t-il poursuivre la politique de Stephen Harper et des gouvernements libéraux qui l’ont précédé? Est-ce que le Québec va continuer à être pénalisé par les politiques de l’État pétrolier qu’est devenu le Canada? Le Québec recevra-t-il des crédits compensatoires pour tous les efforts qu’il a consentis depuis 1990?

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