« L’Afghanistan ne doit pas devenir un autre Irak »— Gilles Duceppe, 25 janvier 2007
Montréal, le jeudi 25 janvier 2007 – « Le gouvernement de Stephen Harper n’assurera pas la sécurité en Afghanistan uniquement par des moyens militaires. Pour mettre fin au terrorisme, il faut redonner l’espoir aux gens, et non les bombarder. Dans cette perspective, l’Afghanistan ne doit pas devenir un autre Irak », a déclaré le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, à l’occasion d’une conférence prononcée devant les membres du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) réunis à Montréal. Le chef du Bloc Québécois a insisté sur la nécessité de rééquilibrer la mission canadienne en Afghanistan, conformément aux objectifs définis lors de la Conférence de Londres, au début de 2006 : la sécurité, la gouvernance et le développement économique et social. « Pour atteindre ces objectifs, il faut gagner l’appui de la population afghane en améliorant les conditions de vie quotidiennes. Plus que tout, il faut éviter que les forces de l’OTAN soient perçues comme une armée d’occupation. Malheureusement, la logique guerrière des conservateurs contribue à l’enlisement du conflit. C’est pour cette raison que Stephen Harper doit prendre conscience que le Canada ne fait plus la guerre en Afghanistan en représailles aux attentats du 11 septembre et rééquilibrer la mission afghane », a précisé Gilles Duceppe. De 2001 à mars 2006, l’effort militaire canadien s’est élevé à 1,8 milliard $, tandis que l’aide à la reconstruction atteignait moins de 300 millions $.
La situation qui se détériore« Malgré des élections libres qui ont permis de jeter les bases d’un État de droit, malgré la construction d’écoles et de dispensaires et la remise en état d’infrastructures essentielles, il faut admettre que la situation en Afghanistan se détériore depuis le début de 2006 », a déploré Gilles Duceppe. En octobre dernier, le chef des forces de l’OTAN, le général David Richards, affirmait qu’une amélioration des conditions de vie des Afghans dans les six mois à venir était nécessaire, faute de quoi 70 % d’entre eux changeront de camp et apporteront leur soutien aux Talibans.
Accentuer l’aide à la reconstruction« La première modification importante à apporter dans le dossier afghan, c’est de mettre clairement et concrètement l’aide au développement tout en haut des priorités. L’aide à la reconstruction doit être accentuée et mieux cordonnée. Actuellement, trop de ressources tombent entre les mains d’intermédiaires et trop d’engagements ne se concrétisent pas », a souligné Gilles Duceppe. Pour parvenir à de meilleurs résultats, le chef du Bloc Québécois suggère la nomination d’un Haut Représentant de l’ONU, comme ce fut le cas en Bosnie et au Kosovo, qui disposerait de l’autorité nécessaire pour coordonner l’ensemble des efforts en collaboration avec l’État afghan.
Modifier l’engagement de sécuritéDéplorant qu’une grande partie du contingent canadien consacre la majorité de ses efforts à pourchasser les Talibans, le chef du Bloc Québécois soutient que l’OTAN doit modifier la façon dont elle envisage le maintien de la sécurité dans le sud du pays. « Les forces de l’OTAN et le gouvernement afghan doivent créer un contexte favorable à la reconstruction dans cette région. Si certaines solutions sont militaires, d’autres sont politiques. Le Canada doit ainsi appuyer les initiatives d’ouverture du gouvernement afghan visant à intégrer dans la société civile les Talibans qui acceptent de déposer les armes. Cette stratégie politique permettrait également d’éviter les pertes civiles infligées par les forces de l’OTAN », a affirmé Gilles Duceppe.
Le problème de la culture du pavotAlors que la principale source de financement des Talibans est le trafic de l’opium et que 80 % de la population afghane vit de l’agriculture, le chef du Bloc Québécois s’inquiète des effets néfastes de la politique américaine d’éradication des champs de pavot. « L’éradication des champs de pavot doit aller de pair avec le développement d’alternatives agricoles pour les communautés qui vivent de cette culture. Autrement, on pousse les paysans afghans directement dans les bras des Talibans et des trafiquants », a souligné Gilles Duceppe. Il est ainsi possible d’intensifier la répression contre les trafiquants de drogue, de mettre en place des programmes de cultures alternatives et de financer la construction d’infrastructures permettant leur mise en marché et finalement d’acheter aux producteurs afghans une partie de la récolte pour permettre le décollage de ce marché. « Enfin, pour une période transitoire, il faudrait acheter la récolte de pavot directement des paysans et l’utiliser à des fins médicales. Il serait possible de fabriquer de la codéine, de la morphine ou encore, comme le recommande l’Association médicale britannique, de la diamorphine », a ajouté Gilles Duceppe.
Le PakistanLe chef du Bloc Québécois a rappelé que les forces de l’OTAN dans le Sud de l’Afghanistan sont confrontées au fait que les Talibans disposent d’une base de repli au Pakistan. « Malheureusement, les pressions diplomatiques exercées sur le gouvernement pakistanais pour mettre fin à cette situation n’ont pas donné de résultats satisfaisants. Il faut donc accroître ces pressions et s’assurer que le Pakistan démontre une volonté ferme et réelle de couper l’accès de leur frontière aux insurgés », a expliqué Gilles Duceppe.
Des solutions à court termeLe chef du Bloc Québécois a fait valoir que le gouvernement Harper doit profiter de la rencontre ministérielle de l’OTAN qui doit avoir lieu demain à Bruxelles pour faire avancer ces propositions. « L’Afghanistan sera le principal sujet à l’ordre du jour. Le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, devrait donc entreprendre des démarches visant à modifier substantiellement les orientations de l’intervention internationale en Afghanistan. Il doit aborder chacun de ces sujets auprès de nos alliés, même de manière informelle », a souligné Gilles Duceppe. Par ailleurs, ce sommet de l’OTAN ne suffit pas, affirme le chef du Bloc Québécois. L’Italie a réclamé la tenue d’une conférence internationale sur l’Afghanistan en novembre dernier et le gouvernement conservateur serait bien inspiré de se faire lui aussi le promoteur d’une telle conférence. « En clair, le gouvernement conservateur doit modifier sa vision du conflit afghan et tout faire pour éviter que l’Afghanistan ne devienne un autre Irak. Si, par malheur, le pire devait se produire et que l’intervention internationale s’embourbait, je peux vous assurer que le Bloc Québécois ne sera pas complice d’une participation canadienne, et donc québécoise, à une escalade militaire », a conclu Gilles Duceppe.
VidéoLe CÉRIUM présente la conférence en vidéo dans son site Web
Lire aussi :Texte intégral du discours de M. Gilles Duceppe (PDF, 72 Ko)
25 janvier 2007
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