C’est un double affront que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a choisi d’administrer aux Québécoises et aux Québécois en annonçant sa décision de retirer en bonne et due forme les armes d’épaule du registre des armes à feu. Non seulement il ignore ainsi les résolutions unanimes de l’Assemblée nationale du Québec réclamant le maintien du registre et la sauvegarde des données qu’il contient mais, en plus, son bête entêtement idéologique l’amène à jeter aux ordures des données payées à même les poches des contribuables québécois!
Un consensus québécois
Parce qu'il existe un lien direct selon de nombreuses études entre la facilité avec laquelle on peut avoir accès aux armes à feu et le taux d'homicides, le Bloc Québécois est convaincu de l'importance de maintenir le registre des armes à feu. Le Bloc Québécois a d’ailleurs été le seul à s’afficher toujours clairement pour le maintien du registre. Les autres partis d’opposition à Ottawa, particulièrement les néo-démocrates, ont toujours été fortement divisés sur cette question et ils le sont toujours. Ceux-ci ont volontairement maintenu une position ambigüe pour ne pas déplaire aux partisans de l’abolition du registre tout en ne trahissant pas la position officielle du parti.
Une très large majorité des regroupements policiers appuient inconditionnellement le maintien intégral du registre. Mais les appuis proviennent également de partout à travers la société civile. Par exemple le Congrès du travail du Canada a identifié depuis longtemps le registre comme l'un des moyens efficaces de contrer la violence faite aux femmes, propos qui sont corroborés par la porte-parole de la Transition House Association of Nova Scotia, Pamela Harrison, qui rappelait que les armes d'épaule sont impliquées dans la majorité des décès suivant des violences faites aux femmes.
Le regroupement des proches des victimes du drame du Collège Dawson milite également depuis le début en faveur du registre, de même que l'Association canadienne des médecins d'urgence qui soutient : « … le registre des armes à feu sauve des vies ». Le Barreau du Québec affirmait enfin : « Avec l'actuelle Loi sur les armes à feu, la société a fait le choix d'assurer un contrôle accru et plus rigoureux des armes. Le Barreau du Québec estime qu'il est impératif de respecter ce choix et de ne pas opérer un retour en arrière. La Loi sur les armes à feu doit donc être maintenue telle qu'elle existe actuellement, car il en va de la sécurité de la population ».
Détruire le registre???
Si ce n’est de leur mauvaise foi idéologique, pourquoi les conservateurs affirment-ils leur intention de détruire les informations regroupées dans le registre alors qu’ils savent fort bien que les Québécoises et les Québécois devront débourser à nouveau pour obtenir ces mêmes données s’ils décident d’agir selon les priorités qui leur sont propres? Le premier ministre Harper a une responsabilité très claire dans ce dossier : il doit collaborer pleinement avec le gouvernement du Québec si ce dernier souhaite créer son propre registre.
Motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée Nationale du Québec, le 27 octobre 2011
« Que l'Assemblée nationale du Québec réitère la position prise à
l'unanimité le 18 octobre 2006, le 31 mars 2009, le 4 novembre 2009 et
le 22 septembre 2010 qui exige le maintient intégral du Registre
canadien des armes à feu, qu'elle se prononce formellement contre le
projet de loi C-19, notamment en ce qui à trait aux dispositions
touchant la destruction des données existantes. »
« La Fraternité des policiers et policières de Montréal considère que Québec et les autres gouvernements provinciaux doivent exiger la préservation et la transmission des données du registre des armes d’épaule que le gouvernement fédéral veut détruire. « Ces données sont utiles aux policiers – qui les consultent des milliers de fois par jour - et ont été payées par les contribuables canadiens et québécois, qui en sont les véritables propriétaires. Les détruire pour empêcher les provinces de s’en servir est inacceptable. »
- Yves Francoeur, président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal
« La société canadienne doit se prévaloir d’outils efficaces comme le registre des armes à feu afin de lutter et prévenir la criminalité. Le registre des armes d’épaule doit demeurer, et ce, au nom de la sécurité de la population et des policiers du pays. »
- Denis Côté, président de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec
« Après avoir tenté durant le passé à plusieurs reprises, et sans succès, d’abolir le registre des armes d’épaule, le gouvernement conservateur a décidé d’utiliser sa majorité parlementaire pour imposer sa vision. Puisque ce gouvernement a décidé d’aller de l’avant avec des politiques qui visent uniquement à plaire à sa base militante, il devrait au moins avoir la décence de coopérer avec le gouvernement du Québec qui envisage de créer son propre registre. »
- Maria Mourani, députée d’Ahuntsic
« En plus d'abolir l'enregistrement, ils veulent maintenant détruire toutes les données du registre, empêchant le Québec, qui le demande, de pouvoir récupérer un outil qui sauve des vies — un outil qui a coûté près de 2 milliards de dollars de fonds publics, payé en partie par le Québec, et qu'ils veulent maintenant mettre aux poubelles. Du gaspillage! »
- Jean-François Fortin, député de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia
Saviez-vous que ?
- Selon les dernières données recueillies en 2009, la gestion du registre a nécessité un investissement total de 4,1 millions de dollars, soit environ 12 cents (0,12$) par citoyen…
- Enregistrer ou transférer la possession d'une arme d'épaule est gratuit, et ceci peut être fait par téléphone ou en ligne en quelques minutes…
- En 2009, 111 533 armes à feu ont été saisies par les policiers à des fins de maintien de la sécurité publique ou à la suite d'une utilisation criminelle. Parmi celles-ci, 87 893 étaient des armes d'épaule…
- Selon les plus récentes données de la GRC, des 16 policiers tués par des armes à feu au Canada depuis 1998, 14 l'ont été par une arme d'épaule…
- Selon les plus récentes données de la GRC, les policiers consultent 11 076 fois par jour le registre des armes à feu. De ces quelque 11 000 demandes de renseignements, 2842 sont liées à des événements relatifs à la sécurité publique…
- Le gouvernement de Stephen Harper soutient que les « vrais criminels » parviendront toujours à se procurer des armes à feu. Ici encore, les conservateurs usent de demi-vérités afin de tromper le public. Dans son récent rapport d'évaluation sur l'efficacité du registre, les porte-parole de la GRC soulignent que, dans les faits, bon nombre d'armes à feu retrouvées sur les lieux de crimes sont enregistrées. Ils précisent que le Programme d'enregistrement des armes à feu a permis de résoudre plusieurs crimes, en établissant un lien entre les armes et leurs propriétaires inscrits.
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