Depuis qu’il a obtenu d’Ottawa la reconnaissance de la nation québécoise, le Bloc Québécois est revenu constamment à la charge afin de forcer le gouvernement conservateur à agir de façon à poser les gestes qui accompagnent concrètement un tel engagement. Malheureusement, à chaque fois, Stephen Harper s’est refusé à adopter toute initiative qui puisse laisser croire que cette reconnaissance de la nation québécoise soit davantage que de bons mots pour apaiser l’électorat québécois.
La fin de non-recevoir aux demandes insistantes du Québec pour obtenir les données du registre des armes à feu ou encore pour respecter la façon de faire québécoise en matière de lutte à la criminalité, l’obsession d’Ottawa à imposer l’iconographie monarchiste ou encore la multiplication des nominations d’unilingues anglophones à des postes-clés des institutions fédérales sont quelques-uns des exemples qui ont défrayé régulièrement l’actualité au cours des derniers mois.
Le maintien du poids politique du Québec à la Chambre des communes s’inscrit parmi ces principes qui doivent obligatoirement accompagner la reconnaissance de la nation québécoise. En effet, le consensus est extrêmement fort au Québec qui considère que, avec le projet de loi C-20, le gouvernement Harper s’apprête encore une fois à s’attaquer aux outils qui permettent aux Québécoises et aux Québécois de défendre leur différence.
« Nous avons toujours réussi à nous développer en marge de ce qui était la définition canadienne d’une société normale. Le Canada de Stephen Harper va maintenant "finir de nous élever". Et ça va faire mal.»
- Lise Payette, Le Devoir 25 novembre 2011
Un Canada qui se construit sans le Québec
Depuis 1867, le poids politique du Québec n’a cessé de diminuer au sein du Canada. Le Québec est ainsi passé depuis ce temps de 36 % des sièges au Parlement à moins de 25 %. Au cours du dernier quart de siècle, aucun des 26 nouveaux sièges ajoutés au Parlement ne l’a été pour le Québec.
Stephen Harper a compris depuis longtemps que la survie à moyen terme de son gouvernement dépend de sa capacité à diriger le Canada sans l’appui du Québec. Voilà pourquoi il a entrepris dès la première année suivant son arrivée au pouvoir de modifier le rapport des forces afin de réduire le poids de la députation québécoise à la Chambre des communes.
Dès 2007, puis une nouvelle fois en 2010, le gouvernement conservateur, alors minoritaire, a déposé des projets de loi visant à réduire le poids du Québec. Cette fois, malheureusement, la nouvelle mouture qu’est C-20, portée par un gouvernement majoritaire, a toutes les chances d’être adoptée. Même avec l’ajout de trois sièges pour le Québec, une manœuvre de dernière minute ne visant manifestement qu’à tenter de calmer le tollé des protestations au Québec, les nouvelles dispositions feront passer la représentation du Québec à 23,08 pour cent des sièges à la Chambre des communes. C’est sous le seuil de sa représentation réelle en termes de population.
Pas de place pour la différence au "Harperland"
Tout comme les autres chefs fédéralistes l’ont fait avant lui, Stephen Harper n’a jamais hésité lorsqu’il l’a jugé utile à évoquer l’union des peuples fondateurs comme l’un des préceptes fondamentaux qui ont mené à la création du Canada. Aujourd’hui, parce qu’il juge qu’il peut se passer du Québec, il se drape du bien commode principe de "représentation équitable" pour nous imposer son message : dans le Canada de Stephen Harper, le Québec n’est qu’une province comme les autres!
Les Québécoises et les Québécois forment une nation distincte parce qu’ils partagent une langue, une culture et des valeurs qui leurs sont communes. En conséquence de quoi, depuis la fondation de la fédération canadienne, ils ont été ceux qui ont historiquement revendiqué le plus de délégations de pouvoirs afin de mettre sur pied les programmes sociaux et les outils de développement économiques et communautaires qui s’accordent à leurs priorités et à leurs particularités.
En diminuant le poids du Québec à la Chambre des communes, c’est la capacité du Québec à vivre selon sa différence qui est attaquée par le gouvernement à Ottawa. Tant que le Québec ne sera pas souverain, il est donc impératif que cette capacité soit préservée et le Bloc Québécois s’y appliquera de toutes ses forces.