Mot du chef

Servir et gagner pour le Québec

Servir, c’est expliquer et promouvoir l’indépendance du Québec. Inlassablement.

Servir, c’est aussi porter la voix de nos gens partout où leurs intérêts sont en cause. En 2011, les Québécois ont placé leur confiance dans le NPD de Jack Layton et en 2015 dans le Parti libéral de Justin Trudeau. Le Québec n’y a rien gagné. Ses intérêts sont encore subordonnés à ceux du Canada et de Toronto.

Le système canadien confère au Premier ministre une lourde autorité sur ses ministres et députés. Or, les influences qui pèsent sur le gouvernement du Canada sont ontariennes, albertaines, maritimes et trop rarement québécoises. En conséquence, le plus qualifié des ministres de Justin Trudeau prend ses ordres du Premier ministre et plus souvent qu’autrement de Toronto. Par son poids et sa voix au Parlement, une forte députation du Bloc québécois a plus de pouvoir que n’importe quel ministre et l’exerce dans l’intérêt du Québec. Juste du Québec.

Il y a les intérêts du Québec, cette voix propre que nous devons prêter à ceux d’entre nous qui en ont besoin lorsqu’Ottawa dispose d’un enjeu, d’un espoir ou d’une menace. Chaque citoyen, chaque ferme, chaque institution, chaque entreprise, chaque communauté autochtone et chaque ville ou village du Québec doit sentir avec confiance que le Bloc québécois représentera ses besoins et ses espoirs auprès des institutions canadiennes. De même, le gouvernement du Québec doit savoir qu’il a au Bloc québécois un allié à Ottawa lorsque l’Assemblée nationale exprime un consensus.

Et il y a l’intérêt du Québec : la reconnaissance, la défense et la promotion de sa souveraineté. La liberté exclusive de percevoir ses revenus, voter ses lois et signer des traités, comme tous les autres pays, selon nos seuls intérêts, entre égaux.

Toutefois, parmi les vertus dont nous devrons faire preuve comme parti s’imposent l’humilité, la lucidité, et la patience.

La patience est en effet de rigueur. C’est à Québec que s’écrira la Constitution du pays indépendant. C’est son Assemblée nationale qui l’adoptera. Il faudra d’abord que les souverainistes y siègent majoritaires.

Le Bloc québécois a entrepris une réflexion en profondeur. En février, le congrès de Refondation passera le flambeau du parti à des milliers de militantes et de militants déterminés à rendre au Québec sa voix dans un parlement canadien qui nous impose de plus en plus la sienne. Ce que le Bloc québécois deviendra lors de ce congrès appartient aux citoyens invités à participer à l’exercice, aux membres et aux militants. Les élus et le chef en sont ensuite la voix.

Revigoré, le Bloc québécois participera à la réflexion sur de nouvelles institutions : Constitution québécoise, pouvoirs régionaux, éléments de proportionnalité dans l’élection des députés, fin de la monarchie britannique au Québec ou rétablissement du financement public des partis politiques fédéraux…

Je suis confiant que le Bloc québécois, dans le respect des juridictions exclusives de l’Assemblée nationale du Québec, se définira autour des orientations suivantes:

1. Le partage des valeurs fondamentales de la nation québécoise, dont le français comme langue commune, la laïcité de l’État, l’égalité des sexes et des orientations sexuelles, la restauration de l’environnement, de même que la relation de nation à nations avec les Premiers peuples, et la valorisation du vivre-ensemble unique qui marque la relation historique entre les communautés anglaise et française du Québec;

2. L’expression d’une amitié sincère et d’une volonté d’accueil et d’inclusion des Québécois issus de l’immigration qui, dès leur arrivée, ont choisi notre patrie pour y vivre heureux et participer au progrès d’une nation dont ils reconnaissent la langue et les valeurs fondamentales;

3. Une vision écologique et durable de gestion des ressources naturelles et des énergies renouvelables par la recherche, l’innovation et le développement des régions. Sous le régime actuel, le Québec est un complice obligé du réchauffement planétaire en soutenant contre son gré par ses taxes et impôts l’exploitation et l’exportation des réserves pétrolières et gazières de l’Ouest canadien. Le Québec a, au contraire, le droit de déployer son propre modèle conciliant écologie et économie et le devoir de partager avec justice la richesse ainsi créée;

4. L’utilisation légitime du Parlement d’Ottawa, d’ici à ce que l’indépendance soit réalisée, pour répondre aux fédéralistes canadiens : voix indépendante aux tables de négociation commerciales, monnaie, territoire, passeport, péréquation, pétrole, modèle économique du Québec, développement de la PME innovatrice et exportatrice, Loi sur la clarté référendaire…

5. L’engagement dans les dossiers internationaux en vue de la pleine participation du Québec souverain aux grands ensembles économiques, aux traités sectoriels, à la Francophonie, à l’UNESCO et à l’Organisation des nations unies;

6. Le rapatriement immédiat et inconditionnel de tous les pouvoirs et de tous les budgets relatifs aux arts, à la culture et aux communications parce qu’une nation ne confie pas son âme à une autre;

7. La création et la reconnaissance d’une équipe nationale du Québec sur la scène sportive mondiale.

Au sein des partis portés par le mouvement souverainiste, la démocratie est de rigueur, héritage de René Lévesque. Le chef est un militant, un véhicule dont le programme vient des membres et sert les Québécois. Tous les Québécois.

S’engager au Bloc québécois est, pour moi, une implication pleine et entière au sein d’une formation formidable qui a déjà très bien servi sa nation. C’est renoncer, pour un candidat, à un futur ministère et s’exposer au quotidien au sein d’un parlement hostile au projet national qu’il porte. C’est une façon de servir, héritée d’une histoire riche de ses succès et de ses difficultés, et portée par des Lucien Bouchard, Michel Gauthier, Gilles Duceppe, Daniel Paillé, Mario Beaulieu, Martine Ouellet et de dizaines de milliers de militants, que nous devons saluer avec admiration.

Les missions historiques et fondamentales du Bloc québécois sont de faire valoir les avantages clairs de l’indépendance du Québec et, tant qu’elle ne sera pas réalisée, d’en porter avec intégrité et passion les intérêts à Ottawa. Je sollicite donc la confiance des membres de ce grand parti pour qu’ensemble nous nous montrions dignes de celle des Québécoises et des Québécois.

Notre devoir est de servir le Québec. Pour ce faire, gagner le Québec, gagner pour​ le Québec.

– Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois