Bloc Québécois

 Transformation de La Presse : la proposition de Power Corporation soulève beaucoup de questions

14 mai 2018

Montréal, lundi le 14 mai 2018 – Madame Martine Ouellet, chef du Bloc Québécois et députée de l’Assemblée nationale, Monsieur Xavier Barsalou-Duval, chef parlementaire du Bloc Québécois, ainsi que Monsieur Gilbert Paquette, vice-président du Bloc Québécois, ont réagi cet après-midi à la proposition de Power Corporation quant à la structure et au financement de La Presse.

Nous apprenions récemment que Power Corporation propose de transformer La Presse en OBNL en gardant plusieurs des mêmes dirigeants de l’actuelle filiale de Power Corporation. Cette transformation viserait à qualifier éventuellement le nouvel OBNL comme organisme de bienfaisance par Revenu Canada afin de bénéficier de crédits d’impôt de charité tel qu’indiqué dans le dernier budget canadien de Justin Trudeau de mars 2018.  Les dirigeants de La Presse proposent donc un financement avec reçu d’impôt de charité et aussi d’éventuelles subventions dont la provenance n’est pas complètement établie.

« Actuellement, aucune information n’est disponible aux parlementaires, ni les états financiers de La Presse, ni le plan d’affaires de redressement, ni les projections d’effectifs et de retour à la rentabilité », a précisé Martine Ouellet. Comme le journal La Presse a été vendu à Power Corporation en 1967 par une loi québécoise, cette loi doit être amendée par l’Assemblée nationale pour répondre à la demande de PC. « Pourquoi cette proposition est-elle déposée en toute fin de session parlementaire alors que les délais normaux sont dépassés? Il faudra utiliser une procédure d’exception et des procédures accélérées, bref raccourcir les débats afin qu’elle soit adoptée avant la fin de la session parlementaire », a fait valoir Martine Ouellet.

Rappelons que les états financiers de La Presse n’ont jamais été publiés et qu’ils étaient consolidés avec ceux de Power Corporation. L’année dernière,  Power Corporation a déclaré des revenus de près de 52 milliards de dollars.  On voit que ce dossier est un autre exemple de dossier transparlementaire, qui nécessite l’intervention des deux paliers de gouvernements.

Importance des emplois des journalistes

L’accessibilité à l’information est essentielle et la diversité des sources d’informations est un indicateur essentiel d’une saine démocratie. La crise actuelle, qui frappe non seulement l’entreprise de Power Corporation, mais également plusieurs médias écrits, électroniques et télévisuels, est très préoccupante. Une réflexion globale est nécessaire pour favoriser des actions concrètes qui, à court terme, permettront à l’État de jouer son rôle de protecteur de l’intérêt public. La crise qui secoue actuellement les médias est annoncée depuis déjà une dizaine d’années. Il faut sauver les centaines d’emplois de journalistes menacés par la volonté de Power Corporation de se départir de La Presse.

Précipitation

« Pourquoi cette précipitation? La non-rentabilité de La Presse circule dans le milieu depuis fort longtemps, et Power Corporation a probablement dû absorber plusieurs déficits des dernières années. Ce n’est pas quelques mois qui changeront grandement le portrait de cette entreprise de plus de 50 milliards de $ de revenus. Pourquoi mettre autant de pression sur les élus, en essayant de leur transférer le fardeau de la décision de Power Corporation concernant les emplois? Pourquoi éviter, par la précipitation, de faire les vrais débats et de trouver des solutions applicables à l’ensemble des journalistes? Pourquoi Power Corporation a-t-elle créé ce climat de crise avec les menaces de pertes d’emploi à ce moment-ci alors que la situation est connue de leur part depuis fort longtemps? Est-ce que les mesures de crédits d’impôt dans le budget fédéral ont été déposées en vue de la proposition de Power Corporation? Si non, ces mesures s’appliqueraient à quel autre média? », a demandé Martine Ouellet.

Modèle d’affaires

« Comme vous voyez, notre malaise nous vient de la précipitation des démarches alors que plusieurs questions se posent sur la proposition de Power Corporation : est-ce que ce modèle d’OBNL financé par des dons de charité et des subventions prévu au budget canadien n’engendrerait pas de la concurrence déloyale pour les autres entreprises qui n’ont pas le même statut? » s’est interrogé Gilbert Paquette. « Le rôle du gouvernement canadien est-il de favoriser un modèle d’affaires médiatiques au détriment des autres modèles existants? Est-ce que le modèle coopératif serait plus intéressant? Est-ce que le modèle proposé par Power Corporation va garantir le maintien de tous les emplois? Sinon, combien d’emplois seront perdus et lesquels? Le Bloc demande au Ministre Morneau de clarifier les conditions d’accès à ce nouveau dispositif qui nous est imposé et rappelle que dans un Québec indépendant, c’est notre gouvernement qui aurait les moyens de soutenir adéquatement nos entreprises de presse. »

« Nous serions assez d’accord avec le fait que l’État intervienne pour l’appui à l’accès à l’information donc aux journalistes, mais est-ce le rôle de l’État de financer des opinions et des lignes éditoriales? Et si oui, lesquelles? Si l’OBNL continue d’être dirigée par les dirigeants actuels de La Presse, Power Corporation souhaite-t-elle garder le contrôle effectif de l’OBNL? Pourquoi? Quelle est la différence entre le statut actuel de l’entreprise et celui de l’OBNL si les dirigeants actuels s’autodésignent comme les futurs patrons de l’OBNL?  Est-ce que le crédit d’impôt sur la masse salariale ne serait pas plus pertinent qu’un crédit d’impôt pour charité », a renchéri Xavier Barsalou-Duval.

Rôle de l’État

« Cet enjeu soulève en soi plusieurs questions. Plus largement, quel type d’information peut être défini comme étant d’intérêt public afin de bénéficier de subventions ou de crédits d’impôt? Qu’est-ce que l’État devra financer? Qui devrait octroyer le financement? Le conseil des ministres ou plutôt un organisme indépendant? Quelle devrait être la reddition de compte? Est-ce que l’État ne devrait pas plutôt garantir directement, mais de façon indépendante, le financement d’informations sur plateforme électronique? Ne devrait-on pas donner le mandat et les moyens à Télé-Québec d’en faire plus pour assurer une diversité d’information?

« Comme vous le voyez, ce sont autant de questions qui nécessitent des réponses claires afin de bien utiliser l’argent des contribuables. Dans le contexte précipité actuel, il serait surprenant d’obtenir des réponses. Le gouvernement libéral et Power Corporation doivent fournir toute l’information dont ils disposent aux élus afin d’accélérer le processus et aussi pour une question de transparence envers les contribuables : états financiers passés, plan d’affaires, structure de l’OBNL, plan de contingence, plan d’effectif, plan de restructuration, plan de financement et tout autre document utile », a conclu la chef du Bloc Québécois.

Pour les demandes d’entrevue :

Antoni Gilbert

819 360-8632