Lettre ouverte – Racisme : et si on commençait par la vérité?

Le 16 juin, le NPD sollicitait l’appui du Bloc Québécois afin que soit appelé en urgence le comité de la Sécurité publique avec pour thème le racisme systémique au sein de la GRC. Premier chef de parti souverainiste à avoir clairement reconnu et expliqué auparavant ma perception du racisme systémique, et sans juger ceux qui expriment des réserves légitimes, j’ai accepté de donner un tel appui. Le comité s’est d’ailleurs réuni le 23 juin.

 

Pourtant, dès le 17 juin, le NPD demandait aux parlementaires un accord unanime pour déposer une motion qui, avant même les travaux du comité, en dictait les conclusions, incluant une réduction du budget de la GRC. L’idée peut être valable, mais à quoi bon convoquer des témoins en comité si les conclusions sont dictées à l’avance ? Je n’ai donc pas donné mon accord, ce que notre leader parlementaire, Alain Therrien, et ses collègues alors en Chambre ont indiqué.

 

Le chef du NPD a alors éclaté dans une colère vindicative et a décrété que pour avoir exercé un simple privilège conforme aux règles parlementaires, Alain Therrien et les élus du Bloc Québécois étaient racistes. Plus tard, le premier ministre du Québec était aussi déclaré raciste pour son désir de lutter contre le racisme sans pour autant cautionner la notion controversée de racisme systémique. Entre ce qui pouvait paraître une colère spontanée en après-midi — et aurait pu se régler avec des excuses — et un point de presse qui faisait un indigne procès du Québec, il est clair que le NPD et son chef ont choisi d’en faire une stratégie partisane. Ils ont ainsi, en toute connaissance de cause, donné libre cours à une débauche malsaine contre nos élus et notre nation en s’appuyant exclusivement sur une accusation mensongère et gratuite.

 

Dans la foulée, et même si son propre leader parlementaire niait que le Bloc Québécois ou Alain Therrien soient racistes, le premier ministre Trudeau déplorait que le Bloc Québécois ne dénonce pas le racisme systémique, se faisant l’écho d’une stratégie de division NPD tout en sachant que sa propre affirmation était fausse. Faut-il comprendre que Justin Trudeau appuie l’idée d’une réduction dans le budget de la GRC, parce que c’est bel et bien ce que disait la motion à l’origine de ce conflit déplorable ?

 

L’appel à une sanction sévère à l’endroit du président de la Chambre des Communes, monsieur Anthony Rota, est resté lettre morte. Le lendemain, le chef du NPD se levait et prenait la parole au Parlement canadien comme si de rien n’était. Comment ne pas en déduire que le dénigrement du Québec, et de 32 de ses élus sans compter son premier ministre, est une pratique acceptable au sein des institutions canadiennes ?

 

Dans les jours suivants, Alain Therrien, l’ensemble des élus bloquistes et moi-même avons reçu des milliers de messages de haine et de menaces par des gens ignorant visiblement le détail de l’affaire et nous traitant tantôt de suprémacistes blancs, tantôt de nazis ou de fascistes. Quel malaise ! Quelle amertume d’être injuriés ainsi pour les élus d’un parti qui œuvre à une relation généreuse avec les communautés immigrantes et de nation à nation avec les Premiers Peuples !

 

Seul député du NPD au Québec, Alexandre Boulerice ne pouvait pas ignorer que son chef commettait un grave impair. Il s’est pourtant inscrit et en a remis sur des accusations odieuses contre des élus tout aussi légitimes que lui-même, et pas plus racistes que lui-même. Tout cela était bel et bien devenu une stratégie orchestrée, s’appuyant sur les pires préjugés ayant cours au Canada contre le Québec qui accueille généreusement, mais sollicite le respect de sa langue et ses valeurs d’égalité ou de laïcité.

 

Le parti de monsieur Singh, en grave difficulté, compte ainsi réaliser des gains au Canada. D’ailleurs, au prix d’une stigmatisation grave et de menaces à la sécurité physique de députés n’ayant rien à se reprocher, il a aussitôt mis en ligne une opération de financement !

 

Enfin, en ne sanctionnant pas davantage le geste malsain du chef du NPD, la Chambre des Communes informe ses élus que si une insulte grave et dommageable est proférée, il suffit de ne revenir prendre la parole que le lendemain et l’éponge est passée. C’est l’ensemble des institutions parlementaires et la dignité des élus, tous partis confondus, qui paiera le prix de cette caution des pires attaques contre celles ou ceux qui croient qu’un Québec différent, généreux et français a le droit de prospérer et de s’exprimer.

 

Que ceux qui doutent se demandent ce qui se serait produit si j’avais, moi, ainsi insulté un député libéral…

 

Cette crise révèle que de nouveau les Québécois devront affronter, à leur façon, l’enjeu très réel du racisme, et c’est ce que nous allons faire.