BILLET—PRIME AUX VOYAGES : LA JOUTE ÉLECTORALE PEUT ATTENDRE

Depuis bientôt un an, le monde est confronté à une crise sans précédent. L’inquiétude pour la santé de ceux qu’on aime et les conséquences économiques de la pandémie sont tangibles. Un des premiers devoirs de l’État est alors d’inspirer confiance et d’assurer que les choix effectués et les gestes posés le soient de bonne foi, le plus tôt et le mieux possible, et sans autres considérations politiques que le bien commun.

Si la population a ce sentiment, elle pardonnera les erreurs, endurera les délais, s’astreindra (à part quelques illuminés) aux directives devant protéger la santé et parfois la vie des plus fragiles d’entre nous.

On l’a bien vu dans la relation qui s’est établie entre l’Assemblée nationale du Québec et les Québécois. Tout n’a pas été parfait, mais on sent une volonté de poser les meilleurs gestes possible compte tenu de la connaissance, de l’expérience et des ressources à la disposition du Québec.

Il est remarquable pour cette raison que Québec ait pu se permettre, en accord avec les provinces et territoires du Canada, une confrontation directe avec Ottawa sur l’enjeu des transferts en santé. Aride à expliquer, l’enjeu des transferts en santé est le rejeton direct d’un autre mal difficile à vulgariser : le déséquilibre fiscal. Le système canadien est construit de telle façon que le fédéral influence grandement la quantité d’argent qui sera à la disposition du Québec et des provinces en s’arrogeant un pouvoir sur les transferts, notamment et notoirement en santé. Québec et les provinces n’ont pas un pouvoir équivalent.

La suite est connue : Ottawa veut que Québec renonce à sa juridiction exclusive, entre autres, en santé. Si Québec, les provinces et les territoires s’obstinent à rejeter les « normes nationales » du Canada, Justin Trudeau retiendra l’argent qui leur fait cruellement défaut. D’où mon reproche à Ottawa qui instrumentalise la crise à des fins politiques, partisanes, idéologiques et électorales.

C’est aussi grâce au déséquilibre fiscal qu’Ottawa peut engager des dépenses par centaines de milliards et glorifier son mépris pour le déficit abyssal qui en résultera. On peut être d’accord pour qu’Ottawa, comme la plupart des grandes économies, engage des sommes très importantes dans la lutte au coronavirus, la préservation du pouvoir d’achat (sauf pour les aînés qu’on néglige) et la relance de l’activité économique. On doit s’inquiéter qu’il le fasse sans égard pour l’état des finances publiques après le règne Trudeau alors que le Québec et les provinces appréhendent, au contraire, une période de lourdes restrictions après la pandémie.

Lors d’une crise de l’ampleur de celle-ci, les électeurs hésitent à changer de gouvernement, craignant une instabilité angoissante. Ici et ailleurs, des chefs d’État ont fait le pari d’élections hâtives et en ont été récompensés. Il se pourrait que le pari d’élections plus tard, à l’heure des bilans en santé et en finances publiques, soit beaucoup plus risqué. Justin Trudeau le sait.

La difficulté de distinguer entre bonnes et moins bonnes dépenses, entre geste partisan et geste responsable, est plus marquée en temps de crise. Ainsi, la loi C 4 distribue l’aide de façon améliorée par rapport à ce qui se faisait auparavant. Elle a été adoptée à l’unanimité par la Chambre des communes en octobre. Malheureusement, c’est cette loi qui fait en sorte que les vacanciers qui, à défaut de pouvoir se faire rembourser, sont partis ou partiront en voyage cet hiver se voient offrir une indemnité de 1000$ pour se placer en quarantaine au retour.

Rarement a-t-on vu une telle colère dans la population! Oui, tous les partis ont voté en faveur de C 4, dont le Bloc. Toutefois, l’intensité de la seconde vague, le nombre inquiétant de voyageurs, l’apparition récente d’une mutation du virus au Royaume Uni, le refus du fédéral d’obliger le remboursement des billets et voyages et surtout ses graves réticences à exercer un vrai contrôle sanitaire sur les entrées au Québec et au Canada et les mesures de confinement, tout cela ne pouvait pas être prévu par les oppositions.

Il faut corriger. Maintenant! Il est irresponsable et faible, pour ne pas irriter des compagnies aériennes, de laisser revenir, sans autre contrainte qu’une recommandation peu vérifiée, des milliers de voyageurs de partout. Il fallait imposer plus rapidement les tests. Rapidement, il faut resserrer les pouvoirs et directives aux points d’entrée sur le territoire, encourager les gens à ne pas voyager en obligeant le remboursement des billets et des voyages en cas d’annulation, déployer une campagne de sensibilisation, favoriser plutôt le tourisme au Québec et au Canada par des mesures fiscales incitatives et modifier les règles de la prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRE) afin d’en exclure les vacanciers. Dans l’intervalle, il faut les aviser formellement que le changement sera apporté, qu’il sera rétroactif, et qu’ils n’auront pas droit à la prestation.

Si telle est l’intention du gouvernement, sous réserve des détails et même s’il fallait rappeler plus tôt le Parlement, j’assure le premier ministre Trudeau de la collaboration du Bloc Québécois.

La joute électorale peut attendre…

Yves-François Blanchet