Défense du français: Yves-François Blanchet écrit au Secrétaire d’État américain

Ottawa, le 30 janvier 2024

L’honorable Antony J. Blinken
Secrétaire d’État des États-Unis

Objet : Concernant la langue de travail et d’affichage au Québec

Monsieur,
Permettez-moi d’abord de saisir cette rare occasion de saluer votre travail en général, mais singulièrement dans le contexte de la guerre qui ébranle Gaza et menace d’embraser le Moyen-Orient, de même que votre remarquable maîtrise de la langue française.

J’ai pris connaissance dans les médias au cours des derniers jours d’une inquiétude qu’aurait exprimée le Bureau du Représentant américain au Commerce lors d’une rencontre avec des fonctionnaires à Ottawa. Votre gouvernement aurait en effet manifesté des craintes quant aux règles en vigueur ou envisagées au Québec relativement à l’affichage commercial. Or je crois pouvoir apaiser de telles craintes. En effet, le gouvernement canadien est de façon générale réfractaire aux lois linguistiques québécoises. Il n’y a pas là de quoi s’étonner dans la mesure où le français est en recul au sein du Canada depuis sa fondation même. Or le Québec, seule juridiction française en Amérique du Nord, a un devoir en regard de la pérennité du français sur le continent et des expressions culturelles dont il est porteur.

Il m’apparaît ainsi que le Québec, reconnu comme une nation à part entière par la Chambre des communes du Canada suite à une motion que j’y ai fait adopter par une forte majorité le 16 juin 2021, ne peut que lui-même s’exprimer en son propre nom en de telles matières.

Les lois linguistiques en vigueur au Québec touchent surtout les entreprises de deux façons : la langue de travail et celle de l’affichage commercial. Or il semble clair que là où la langue de travail ou du quotidien n’est pas l’anglais ailleurs à travers le monde, les entreprises américaines désireuses d’y faire des affaires adoptent la langue d’affichage et de travail, français, italien, japonais, espagnol, de ces territoires, abordés d’abord comme des marchés. Nous croyons qu’il doit en être de même au Québec.

Quoi qu’il en soit, je veux vous informer de notre complète disponibilité afin de vous présenter, par des élus québécois à la Chambre des communes du Canada la teneur, la pertinence et la légitimité des interventions législatives et réglementaires qui ont pour but d’assurer le dynamisme de la langue française au Québec, et ainsi en Amérique. Nos relations économiques avec les États-Unis sont précieuses et marquées par l’amitié. Notre mouvement politique a toujours soutenu et s’est avéré essentiel à l’établissement d’accords successifs de libre-échange entre les États-Unis et le Canada. C’est dans cet esprit que je souhaite apaiser toute inquiétude qui pourrait être ressentie par les entreprises américaines faisant affaire au Québec.

Non seulement nous rendrons-nous disponibles pour rencontrer vos gens à Ottawa ou Montréal, mais je me permets de vous informer que je serai moi-même à Washington au début du mois de mars.

Dans l’espoir de donner suite rapidement à cette démarche, permettez-moi, Monsieur le Secrétaire d’État, de vous adresser mes amitiés et mes salutations cordiales.

Yves-François Blanchet
Chef du Bloc Québécois